• Les dernières heures de Pompéi.

     

                   Les dernières heures de Pompéi.

     

                                              Conception : Pascal TILLIET     Texte : Pline l’Ancien 

     

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    « Il( Mon oncle)  était à Misène et…. commandait la flotte. Le 9 des calendes de septembre ( soit le 24 août 79 ) vers la septième heure de la journée (la première heure était comptée du lever du soleil), ma mère lui dit qu'il apparaissait un nuage d'une grandeur et d'une forme extraordinaire.

     

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    À le voir de loin, on ne savait de quelle montagne le nuage sortait; on sut depuis que c'était du Vésuve. De tous les arbres le pin est celui qui en représente le mieux la ressemblance et la forme. En effet , le nuage avait comme un tronc très allongé qui s'élevait fort haut, puis se partageait en un certain nombre de branches.

     

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    Sans doute, à mon avis, soulevé par le souffle encore récent puis abandonné par ce souffle qui faiblissait, ou même affaissé sous son propre poids, il se raréfiait et s'élargissait. Il était tantôt blanc, tantôt sale et taché, suivant qu'il avait entraîné de la terre ou de la cendre. Un homme aussi savant que mon oncle jugea un pareil phénomène considérable, et digne d'être connu de plus près: il commande qu'on prépare une liburnique.

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    Il sort de la maison, il prend ses tablettes. À Rétine, les matelots, effrayés de l'imminence du péril, le suppliaient de se dérober à un danger si grand. En effet, Rétine est une maison de campagne au pied de la montagne, et dont on ne pouvait s'échapper que par mer. Lui change de dessein, et, ce qu'il avait commencé par désir de s'instruire, il le poursuit par générosité. Il fait mettre en mer des quadrirèmes, il s'embarque lui-même, portant secours non seulement à Rétine, mais à d'autres endroits, car ces lieux charmants étaient très-fréquentés.

    Les dernières heures de Pompéi.

    Il court là où les autres fuient, et il gouverne directement vers le péril; tellement libre de crainte, qu'il notait et dictait tous les mouvements, toutes les figures de ce phénomène à mesure de leur apparition.

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    Déjà la cendre tombait sur les vaisseaux, d'autant plus chaude et plus épaisse qu'on approchait d'avantage; déjà même arrivaient des pierres ponces et des pierres noires, calcinées et brisées par le feu; déjà le fond de la mer s'était subitement élevé et la montagne écroulée barrait le passage.

     

    Il hésita un moment s'il retournerait en arrière; puis au pilote, qui lui conseillait de le faire, il     répondit: "La fortune vient en aide aux hommes courageux, gouvernez vers Pomponianus."

     

    Les dernières heures de Pompéi.

     

      

     

    Pomponianus était à Stabies, séparé par un golfe intermédiaire; car la mer entre dans les rivages qui offrent des courbes et des inflexions graduelles. Là le danger n'était pas encore voisin, mais il était apparent, et s'il croissait, il allait être imminent; aussi Pomponianus avait fait porter son bagage dans les vaisseaux, décidé à fuir si le vent contraire tombait.

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    Mon oncle, amené par ce vent qui lui était très-favorable, embrasse son ami effrayé, le console, l'exhorte; et, pour diminuer par sa sécurité les terreurs de Pomponianus, il se fait donner un bain. Après le bain il se met à table, dîne gai ou paraissant gai, ce qui est non moins magnanime.

     

     

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    Cependant le mont Vésuve en plusieurs lieux projetait des flammes très-larges et des incendies élevés, dont la lueur et l'éclat s'accroissaient par les ténèbres de la nuit. Mon oncle, pour dissiper les frayeurs, répétait que c'était des maisons de campagnes qui, abandonnées au feu et désertées par les paysans épouvantés, brûlaient dans la solitude. µAlors il se livra au repos, et dormit d'un véritable sommeil; car sa respiration, qu'il avait, à cause de sa corpulence, pesante et bruyante, était entendue de ceux qui se trouvaient sur le seuil de l'appartement.

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    Mais la cour de laquelle on allait au corps du logis se remplissait déjà tellement de cendres et de pierres ponces, que, si on fût resté plus longtemps dans la chambre, on aurait pas pu en sortir.

     

    Réveillé, il vient dehors, et rejoint Pomponianus et les autres, qui avaient veillé.   

     

    Là on délibère s'il vaut mieux rester dans la maison ou errer en plein air.

     

    En effet, les murailles chancelaient par de fréquents et violents tremblements; et, comme arrachées de leurs fondements, elles semblaient de ça et de là aller et revenir.

     

     En plein air on craignait la chute de pierres ponces légères et calcinées: la comparaison fit choisir ce dernier péril.

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    Chez lui la raison triompha de la raison; chez les autres, la crainte de la crainte.  

     

    On se met des oreillers sur la tête, et on les attache avec des linges: c'était la protection contre la chute des pierres. Déjà il faisait jour ailleurs, mais là était une nuit plus noire et plus épaisse que toutes les nuits.

    Cependant on s'éclairait avec des torches nombreuses et des lumières de toutes sortes. On résolut d'aller au rivage, et de voir ce que permettait la mer; mais elle restait grosse et contraire.

     

    Là, mon oncle se coucha sur un drap, demanda à diverses reprises de l'eau froide, et en but. Puis les flammes et une odeur sulfureuse qui annonçait les flammes mettent les autres en fuite, et, lui, le font lever. Appuyé sur deux esclaves, il se redresse et tombe aussitôt. je pense que la vapeur épaisse lui coupa l'haleine et lui ferma le passage de la respiration, qui chez lui était naturellement faible, étroit, et fréquemment oppressé.

    Les dernières heures de Pompéi.

     

    Quand le jour fut rendu (ce fut le troisième après le dernier qu'il avait vu), le corps fut trouvé intact, sans lésion, et couvert de ses vêtements.

     

    Son apparence était plutôt celle d'une personne qui se repose que d'un mort. »

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :